MALGRAT TOT, LA VIDA (MALGRÉ TOUT, LA VIE)

Texte et Musique : Miquel Pujadó

La solitude qui s’enracine dans la foule.
Le vieil homme enfermé chez lui depuis cinq ans.
La main dont tu as besoin et que l’on te refuse.
Ceux qui vivent ensemble et se sentent étrangers.
L’enfant qui tête d’un grand mamelon en verre.
L’adulte qui lèche un sexe virtuel.
Le monstre dans le miroir, et la tête de l’hydre
qui pousse du 26 décembre jusqu’à Noël.
Et dans un coin, et recroquevillée,
malgré tout, la vie.
Le cancer du poumon de l’Amazonie.
Le noir vomissement du pétrolier pourri.
Le cri fragile d’un vol de papillons
par dessus un monde qui a la poitrine fêlée.
Les guerres deguisées en croisades.
La superbe suicidaire du pouvoir.
Les cerveaux sous contrôle et programmés.
La drogue dure qu’on appelle la Foi.
Et dans un coin, et déprimée,
malgré tout, la vie.
L’homme qui chasse l’homme dans une jungle
civilisée. Les hurlements du prisonnier
quand un flic efficient lui arrache un ongle.
La très universelle loi de l’entonnoir.
La conviction de ne pas savoir ce qui se passe,
d’être un pantin mu par les fils de la peur.
Le pain et le cirque, et le rire gras
de la brébis stupide qui va vers l’abattoir.
Et dans un coin, et blessée,
malgré tout, la vie.
L’ivoire des dents qui fait ses adieux,
les rides qui s’installent et les cheveux
qui deviennent blancs ou qui se barrent. La silencieuse
progression de la mousse et de la rouille.
La faux dans les mains d’une vieille amie
qui attend patiemment son heure.
Et l’amertume croissante, et la fatigue
de faire face au vent inutilement.
Et dans un coin, et endormie,
malgré tout, la vie.