TOT PENJA D’UN FIL (TOUT NE TIENT QU’À UN FIL)

Texte et Musique: Miquel Pujadó

Tu prends le p’tit dej’ peinard. / Aujourd’hui tu rencontreras Consol. / Vous irez ensemble au théâtre / et vous finirez au lit. / Voilà: tu as / dépensé ton patrimoine en dîners / et il faut l’amortiser. / Tu as fignolé tes calculs, / mais tu ne comptes pas sur l’infarctus / que tu vas souffrir dans un quart d’heure. / Tu n’es qu’un mort en permission. / Par le moment, tu te sens heureux. / Tout va bien, tu souris tranquille / et tu pends d’un fil. / Tout ne tient qu’à un fil très mince / qu’on s’entête à ne pas voir / tandis qu’on va et qu’on vient / en mettant en balance et désirs et devoirs. / Provisoires et précaires, / nous croyons être éternels. Et, grégaires, / nous tombons dans les puits, nous montons aux sommets, / nous bâtissons des villes et nous en faisons des ruines / et, aveuglés, nous ignorons les / ciseaux qui bientôt / feront que la pauvre marionette / amoureuse d’une étoile / devienne un triste amas de chiffons. / Tu viens d’avoir dix-neuf ans / et tu as gagné ton premier salaire. / Tu es une belle fille / qui se sait jeune, gaie et vivante. / Tu as des projets, de l’amour / et aussi une tumeur / qui grandit dans toi depuis hier. / Qui l’eût cru… / Un après-midi à l’Hôpital, / un contrôle banale, / et le diagnostic sera / aussi sans appel que tardif. / Tu ne verras pas le prochain avril / et tu pends d’un fil. / Tout ne tient… / Tu es un dictateur âgé / et tu tiens l’État / dans ta poigne de fer / depuis quarante ans, si je ne me trompe pas. / Tu ne te poses jamais des questions / et, ivre de pouvoir, / tu crois pouvoir vivre pour toujours. / Mais juste en ce moment / quelqu’un finit la machine infernale / qui demain aura ta peau / quand elle éclatera au milieu de ta suite. / Tu baves avec fierté sénile / et tu pends d’un fil. / Tout ne tient… / Et toi, l’amant le plus fidèle / qui demain sera lâché. / Et toi, l’habile pickpocket / dont on a trouvé la piste. / Et toi, l’artiste adulé / qui demain tombera dans l’oubli. / Et toi, le financier expert / qui se retrouvera bientôt dans la rue. / Et toi, le politicien grimpeur / que les urnes vont crucifier. / Et toi qui me dis “À bientôt” / juste avant de passer sous une voiture. / Toi et moi, et l’autre, nous / ne nous rendons pas compte que / tout ne tient…