OLORS (ODEURS)

Texte et musique : Miquel Pujadó

Odeur de sang et d’obscurité déchirée.
Odeur soudaine d’air d’hôpital.
Odeur de lait, de chair rose et tiède.
Odeur d’un monde petit comme un dé à coudre.
Odeurs inconnues qui, en arrivant,
ne se donnent pas la peine de frapper
et qui ouvrent des fichiers dans la tête, et y archivent
des nostalgies pour demain.

Senteurs, arômes, fumets et puanteurs…
La vie est si courte et il y a tant d’odeurs!

Odeur d’écorce d’orange, et craie, et urine.
Odeur du premier sperme aux doigts.
Odeur de boue, et poussière, et mercurochrome,
de soirs de dimanche et de ragoûts.
Odeur de la première cigarette,
de salle de cinéma et d’eau de javel.
Odeur de pied mal lavés dans une classe étroite.
Odeur d’espaces ouverts, odeur d’été.

Senteurs…

Odeur de pucelle desirée.
Odeur de lotion pour se raser.
Odeur de mer, essence et petit matin.
Odeur de route et d’amitié.
Odeur de chambre obscure, odeur de pute,
des autres corps qui ont couché dans le même lit.
Odeur de train de nuit, de linge sale,
de poudre, caserne et temps pourri.

Senteurs…

Odeur de foyer, couches, travail et routine,
de whisky et de bureau avec moquette.
Odeur furtive, humide et clandestine
d’hôtel et sexe non légalisé.
Odeur subtile de rêves en train de se dissoudre
dans un verre insipide de réalité.
Odeur du temps qui passe et qui, comme un pollen,
irrite les yeux, la gorge, le coeur las.

Senteurs…

Odeur d’infusions et médicaments.
Indefinissable odeur de solitude.
Odeur de poste de radio et de bouillon de poule,
de poisson bouilli, menthol et poil de chat.
Odeur de vieux meubles, de fleurs fânées.
Intuition de l’odeur d’un dernier port.
Odeurs qui se perdent peu à peu et qui, presque évanouies,
savent toujours exciter la mémoire.

Senteurs…

Odeur d’angoisse et peur devant la clôture.
Odeur corrompue d’une foi inutile,
d’oxygène qui s’épuise, de sueur froide…
Odeur de quoi, alors, odeur de quoi?