FUM DE PIPA I PÈL DE GAT (FUMÉE DE PIPE ET POIL DE CHAT)

Quand un juge partidaire de la peine de mort / est violé par un gorille aussi gaillard que puceau. / Quand, à grands coups de mamelle, les mégères d’un marché / rossent les flics jusqu’à leur faire prier grâce. / Quand l’amour ne se vend ni s’achète / ni sait rien de documents, / et transforme des putains en des pucelles resplendissantes. / Quand la Mort est une fille qui vous prend par la main / et les fossoyeurs souffrent d’avoir de gagner son pain comme ça, / vous sentirez une presènce, comme un souffle de bonté, / et une odeur de fumée de pipe, de fumeé de pipe et de poil de chat. / Quand ce sont les athées et pas les croyants ceux qui suivent l’Évangile, / et les couples des bancs publics font mourir d’envie les philistins. / Quand la tendre bergerette, en offrant son sein à un chat, / fait devenir fous tous les mâles d’un village ensommeillé. / Quand le rendez-vous avec celle qu’on aime fait oublier l’estomac vide, / et les haillons cachent des cuisses greffées d’Infini. / Quand on ne peux pas devenir déjà plus petit devant une poupée / et le bateau qui ne naufrage jamais s’appele “Les copains d’abord”, vous sentirez… / Quand (ça dépend de comment on les donne) un verre d’eau, un morceau de pain, / deviennent un mets de prince qu’on ne peut pas oublier. / Quand la tête blanchissante multiplie son charme / et un parapluie partagé est un coin de Paradis. / Quand la connerie refuse de se laisser posséder / par les jeunes ou  par les vieux: quand on est con, on est con! / Quand on sait que la misère est partout et par tous les temps / et que Martin doit bêcher encore pas mal de siècles, / vous sentirez… / Quand la guerre qu’on veut faire est celle qui est déjà finie / et quelqu’un allume un feu où se chauffe un pauvre hère. / Quand les filles les plus méchantes ont les seins les plus jolis / et au bois du coeur les copains poussent comme des fleurs. / Quand mourir pour les idées n’est pas un but idéal / et le distributeur de cornes choisit des maris comme il faut. / Quand les dieux païens disparaissent de ce monde en désarroi / où la mauvaise réputation attend celui qui ne bêle pas avec le troupeau, / vous sentirez… / Quand l’amour du langage ne se démontre pas en émpaillant les mots -de temps en temps un juron lui donne de l’air. / Quand il n’y a de pire vice, de pire péché / que cette garce d’hypocrisie, que la sale vulgarité. / Quand les vers des poètes gagnent des ailes avec la voix / et que volant par-dessus des siècles ils font leur nid partout. / Quand un timbre grave s’habille rien qu’en exhumant d’un tiroir / quelques arpèges de guitare et un boum-boum de contrebasse, / vous sentirez…

(CHANSON DEDIÉE À GEORGES BRASSENS)