LA TOMBA DE CAÏM (LA TOMBE DE CAÏN)

Où est la tombe de Caïn? / Elle gît oubliée sur le sommet. / Seules les mouches la fleurissent. / Dieu la visite en mettant des lunettes noires, / Dieu la visite comme un criminel. / Parfois, profonde et grave, / la voix de Dieu se lève et retentit: / –Mon fils, ne sois pas un con / aigri, faisons table rase! / Je ne t’ai pas foutu à la porte / par plaisir, tu le sais bien. / Je reconnais qu’ Abel était / un lèche-cul, mais il rôtissait / les chevreaux avec l’adresse / qu’un planteur de navets n’a pas. / Quand tu lui as fendu le crâne, / tu es devenu le premier assassin, / et voici que tu me mortifies / et que tu as le brave culot de dire / que j’en suis le responsable, / que celui qui a crée la Mort / doit être le seul coupable / quand le plus fort fait la loi. / Où ést la tombe… / –Et, depuis quelque temps, / Judas aussi s’y mêle. / Il dit que ce fût une saloperie / que de lui faire donner ce fichu baiser. / Que j’avais besoin de faire une vedette / du fiston, et comme c’est moi qui commande, / j’ai joué sur son piano / la sonate du traître. / Et il m’accuse sans critère / de lui avoir effacé le libre arbitre / tout en programmant son jugement / pour pouvoir faire mouche. / Et, sarcastique et grincheux, / il me reproche de l’Enfer / que je lui ai payé son aide / avec le feu éternel. / Où est la tombe… /  Et maintenant tout le monde prend courage / et se bat avec moi, / et mon prestige s’amincit… / Ils revendiquent le péché, / font une prison du Ciel, / un genocide du Déluge, / et Babel pour eux est du vénin de serpent contre la diversité. / Je ne veux plus mourir peu à peu, / je viens coucher avec toi. / Fais moi un peu de place sans réchigner: / ne vois-tu pas que je suis fatigué? / J’ai laissé le patrimoine / aux mains de Satan. / Dans le fond, Dieu ou Diable… / c’est une question de succès ou d’échec. / Où est la tombe…