D’AUSTERLITZ A WATERLOO

Une mélodie mal foutue et un text infect: voici la dernière chanson que, trop pressé, j’avaiscomposé pour le CD boîteux que j’étais en train d’enregistrer. Mais le meilleur programmateur d’une FM tomba amoureux du truc et en fit la cible de son émission. Et, voyez-vous, il fut si tenace que cette saleté devint en un clin d’oeil mon plus grand tube. Ce fût Austerlitz! Avec les sous que j’en tirai je pris le risque de autoproduire un grand disque. Et pendant un an, enfermé à clé, j’ai vécu dans mes vers jusqu’à oublier le sommeil et la nourriture. Avec des orchestrations superbes et des grands musiciens, j’ai enregistré un chef d’oeuvre si personnel et originel que presque personne n’en voulut: Ce fût Waterloo” / Qui aidera à sortir de Sainte-Hélène / une pauvre âme en peine / qui a fait le chemin le plus dur, / qui a fait le chemin qui mène d’Austerlitz à Waterloo? / Au fond d’un bar du quartier marin, tout en buvant du cointreau dans un coin, j’ai vu un corps sans époux, de ceux que tu vois et tu ne crois pas tes yeux. J’ai mobilisé aussitôt mes effectifs: du “Quel est ton nom?” à “Pour ton aura je dirais que tu es du Taureau”. Petit à petit la glace s’est brisée et mon charme l’a conduite jusqu’à l’appartement que j’avais aménagé pour le doux combat. Et j’ai dormi avec ses seins comme coussin: ce fût Austerlitz! Mais le matin ma main n’a rien trouvé à mes côtés. Soudain, j’ai compris que je ne reverrais plus mon Miró, mon ordinateur, ni pas mal de sous. En plein choc, j’ai trouvé une feuille de papier: “Mon beau connard, je suis navrée mais au lit tu n’es pas une affaire. Je suis sûre que tu ne m’en voudras pas de me consoler en t’empruntant quelques trucs. Si je croise un âne dans mon chemin, je penserai à toi…” Ce fût Waterloo! / Qui aidera… / Tout à fait agacé par la persécution des groupes anti-tabac, la nicotine m’était une lourde charge et j’ai entrepris de lutter pour voir la lumière, oublier la fumée et redevenir un homme comme il faut. Personne ne saura jamais mon supplice: je me levais pour retomber. Chaque bar-tabac, c’était une rude épreuve. Jusqu’au grand jour où les maudites cigarettes ne me manquèrent plus: ce fût Austerlitz! Quand je me suis trouvé loin de l’angoisse, j’ai voulu fêter le succés de mon plan en faisant une fête superlative et interactive où on a picolé un peu trop. Et voici le prix que j’ai payé: moi qui étais abstème, j’ai commencé à trop fréquenter l’alcool. Nuit et jour, la bouteille est devenue ma maman. Ma famille m’a mis à la porte et il n’est pas né le médecin qui puisse sauver mon foie. Je suis mûr pour Waterloo! / Qui aidera…