ESPINES SENSE ROSA (DES ÉPINES SANS ROSE)

Ce n’est pas un oignon, mais la vie / qui te fait verser des larmes. / Tu cherches de la soie, tu trouves du sida, / et tu chevauches sans rênes, / et tu perds pied en passant le gué. Et tu t’accroches à la terre / qui doit te dévorer, / et -le coeur en pied de guerre- / tu t’écris des lettres avec la main gauche / pour mieux te tromper toi-même. / Il n’y a pas de rose sans épines / mais il y a des épines sans rose. / Tu as beau marcher ou t’asseoir: / la rue vers vers la dalle / roule toujours sous tes pieds / et te mène en avant. / Comme l’âne suit la carotte / tu poursuis le lendemain. / Tu l’imagines, il t’enivre. / Le désir t’enfonce des poignards / que tu n’oses pas arracher. / Tu as dans la tête ta grande scène, / la répétition c’est ce que tu appelles “présent”, / et ton dos se courbera / en attendant la grande première / toujours remise aux calendes. / Il n’y a pas de rose sans épines / mais il y a des épines sans rose. / Amuse-toi bien avec tes voisines, / baise en vers ou en prose: / si le plaisir apporte la douleur / il efface aussi la peur. / Tu n’es qu’un tuyau / qui change et viande et poisson / et légumes en bousillage / pendant que tu attends le moment / de devenir merde à ton tour. / Et si tu crois chimérique / de pouvoir tomber plus bas / sache qu’il y a toujours un égout / qui t’épie avec des yeux de fauve / et la bouche béante. / Il n’y a pas de rose sans épines / mais il y a des épines sans rose. / On te donne une aspirine / quan tu crèves d’un cancer, / et il te faut montrer ton bonheur / de pouvoir encore bouger. / Tu sais qu’Adonis a mauvaise haleine / et que Saturne est un vieillard. / Tu as vu Bacchus avec cirrhose / et Zeus mort d’overdose / et Aphrodite dans un bordel. / Mais dans ton île déserte, / entouré de suie et de fumée, / tu t’offres à toi même la chance / de laisser une porte ouverte, / des fois qu’on inventerait la lumière. / Tu marches donc à l’aveuglette / et tu ne peux faire rien d’autre / tandis que tu déclines / en suivant des yeux un vol d’alouette, / jusqu’au moment où tombera / un filet de sang / et qu’une rose sans épines / fecondée parmi les ruines / percera la boue.