APOLOGIA DEL TACTE (APOLOGIE DU TACT)

Texte et Musique: Miquel Pujadó

Est-ce que tu savais déjà que la peau bat et parle,
que l’histoire de la vie s’enracine dans les doigts,
que la main est toute elle un cerveau si tu sais t’en
servir
pour trouver des chemins humides dans un corps
offert?
Nous avons toujours les récepteurs prêts,
mais ils marchent en sourdine, à ras de peur.
Nous utilisons pour presser une sonnette, et sans
assurance,
un moteur capable de traîner un tracteur.
Et, pourtant, tout est tact:
la vue, l’odorat,
l’ouïe et le goût.
Tact est la voix qui caresse,
le sourire qui cache
un geste de refus.
Tact est le regard qui jaillit
pour percer un coeur ingénu.
Tact est la lettre attendue,
l’image volée
au fond du miroir.
Tact, le souvenir et l’attente,
la paix, l’angoisse…
Il n’y pas de cachette
qui puisse te protéger du tact,
ton  seigneur, ton vassal.
À chaque fois que je parcours les chemins d’une amie,
je ressens le tact qui renaît comme un enfant.
C’est la sensation la plus nouvelle et la plus ancienne
qu’un voyageur soit capable de reconnaître.
Et la main s’adapte aux bras, à la taille…
Quand elle arrive au sein, elle se repose, heureuse,
mais bientôt elle reprend la marche, et n’arrête pas
jusqu’à possèder les mille coins du nouveau pays.
Tact, tu es le Phénix des tendres,
jailli des froides
cendres du désir.
Tu sais chauffer la surprise,
imbiber la sécheresse,
tu es étincelle et éclaboussure.
Celui qui te croit sens de deuxième classe
se fourre dedans.
Discrètement, tu nous accompagnes
en terres étrangères
et en des lieux qui nous sont familiers.
Bon interprète de la vie,
tu nous donnes la mesure
des corps et des mers.
Et, dans l’obscurité, tes murmures
nous éclairent comme ferait un phare.
Le langage ne finit pas avec les mots,
et le silence n’est, souvent, qu’apparence.
Il y a mille signes qui nous dessinent le paysage,
Pourvu que nous sachons les interpréter comme il faut.
Il y a partout des portes vierges, jamais traversées.
Derrière elles, l’Eternité attend.
Et c’est nous, les clefs les plus appropiées
pour ouvrir grand ouvert chaque univers.
Tu peux en douter, si tu veux, mais le tact
est né d’un pacte entre
le coeur et le cerveau.
Ils ont disposé un territoire
neutre, et c’est évident
que ce fût sur la peau
qu’a eu lieu l’étreinte,
l’union de la sagesse et des foucades.
Et c’est depuis lors que le sexe
revendique son nexe
avec l’imagination,
que, corps après corps, jour après jour,
une douce folie
envahit la raison.
Tu peux en douter, ma chère,
mais je te prie d’accueillir cette chanson dans ton
coeur.