ELS CORSARIS DE LA NIT (LES CORSAIRES DE LA NUIT)

Texte et Musique : Miquel Pujadó

Le soleil, en roulant sur les toits,
finit par tomber du soir, sans tristesse.
Les nuances du rouge le cherchent en vain
jusqu’à ce que des mains de fées invisibles
les rangent dans le tiroir de l’obscurité.
Alors, timidement, commencent à tanguer
des vagues de pavés qui écument de bitume.
L’oeil borgne de la nuit détruit le faux décor
et montre aux élus son monde virginal.
Et, dans des appartements serrés comme un vieil
utérus fossile,
les ancres lourdes se hissent, en grinçant,
et ils sortent lentement, suivis peut-être d’un docile
dauphin d’argent lunaire, ou d’un requin ensanglanté.
Le jour, ils sont des moussaillons peureux.
La nuit, ils gagnent les galons de capitaine.
Ils abandonnent les corridors claustrophobiques,
font face aux tempêtes et aux abysses
et agrippent l’Univers avec une seule main.
Debout devant un verre, ils trompent les sirènes
qui veulent les faire naufrager tout en nageant près du
comptoir.
Ils pillent les trésors du mot, et en font des phalènes
qui dorment tatouées dans un coin de leur peau.
Ils parcourent la ville au rythme des chimères,
Ils mâchent les étoiles en y trouvant un goût de tabac.
D’un haîllon de ciel, ils en font un drapeau
Et ils prennent leurs souliers pour des navires prêts à
attaquer.
La mer sera cachée trop vite
par des masques de lumière, des miroirs d’oubli,
et le pieu d’une chambre puante
ou un triste bureau acueilleront, le matin naissant,
l’exile des corsaires de la nuit.