NEVADES DE JULIOL (DE LA NEIGE EN PLEIN JUILLET)

Si tu n’as jamais vu / tomber la neige en plein luillet / alors que la ville ôte sa cravate / et un jaune d’oeuf supplante le soleil / et l’asphalte fond sous les pieds comme du chocolat, / si tu n’as jamais vu les flocons et les boissons fraîches / danser une valse rythmée par les frissons / alors qu’au port des skyeurs en sueur / chevauchent à poil les vacances, / alors les mots sont des portes dont la rouille / a inutilisé les gonds. / Tu ne sauras jamais qu’est-ce qu’il y a sous la peau / fragile du son. / Tu verras fermées les portes du palais / où tu ne pourras pas entrer malgré ton vif désir, / et tu resteras, moussaillon orphelin de navire, / à deux pas de l’infini. / Si tu n’as jamais vu les feux de la Saint Jean / qui défient la pluie de novembre, / qui lèchent le ciel bas avec une langue de flammes / et qui entrent dans la nuit à la façon qu’un membre / avance dans le secret -où dans le brouillard, qu’importe: / celui qui aime un corps accepte la captivité / de l’être incertain qui ne veut pas être dessiné- / Si tu n’as pas vu les feux qui engendrent le mystère, / alors les mots sont des ailes en carton, / des mouettes mortes. / Tu ne sauras jamais qu’est-ce qu’il y a là où l’horizon / mélange les bleus. / Tu croiras peut-être apercevoir loin, très loin, / des corps argentés qui te font des signes silencieux / -poussière fugace, mirage qui fond / quand les vents se déchaînent. / Si tu n’as jamais vu fleurir les amandiers / à minuit, quand l’année cède son héritage, / prend sa canne et commence un nouveau chemin / hors du temps, mais pas hors de l’existence- / Si tu n’as jamais vu ce que personne ne voit / parce qu’on ne peut pas, il ne faut pas, c’est pas dans le programme, / c’est dangereux ou immoral, et que partout / l’excès de lumière fait chanceler la vue, / alors les mots ne sont que des segments / de vers de terre. / Tu ne sauras jamais qu’est-ce qu’il y a là où les firmaments / jouent aux dès. / Tu vivras aujourd’hui alors que d’autres vivent demain, / alors que d’autres savent presser le fruit que tu t’est défendu, / et tu vieilliras en voyant tout très clair / et sans rien comprendre. / Si tu n’as jamais vu tomber la neige en plein juillet, / alors tes mots sonts morts au berceau.